Tout juste placée sous un régime de surveillance renforcée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), au motif « d’une dégradation de son niveau de sûreté », la centrale de Belleville doit-elle inquiéter les populations vivant dans son large périmètre direct ? La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher)

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La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher) et ses deux réacteurs bientôt trentenaires (en 2019-2020) font l’actualité depuis mercredi. Et ce, après que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a décidé de placer le site sous un régime de surveillance renforcée. En effet, ladite autorité y a relevé huit événements significatifs de niveau 1 en 2016, ce qui traduit une hausse conséquente des dysfonctionnements internes, qui demeurent cependant, précisons-le, en bas de l’échelle Ines (International nuclear and radiological event scale), qui compte huit niveaux de gravité, allant de zéro à sept.

Ainsi, le site a fait l’objet d’une inspection renforcée en avril dernier, avec, depuis, des améliorations notées (un seul événement, pour l’heure, en 2017). Cependant, les contrôles effectués lors de l’arrêt du réacteur 1 cette année n’ont pas donné entière satisfaction. D’où l’état de surveillance renforcée, qui pose aujourd’hui un certain nombre de questions. L’Autorité de sûreté nucléaire devait y répondre ce jeudi matin, lors d’une conférence de presse donnée depuis son siège régional d’Orléans.

La centrale de Belleville présente-t-elle un risque ?

« Non, il n’y a pas de risque imminent« , explique-t-on au sein de la division d’Orléans de l’ASN pour la région Centre-Val de Loire. « S’il y en avait un, nous demanderions aussitôt à EDF l’arrêt d’un réacteur. »

La population n’a donc aucune raison de s’inquiéter ?

Aucune, dans la mesure où la mise sous surveillance renforcée vise une évaluation des modes de contrôle de la centrale, elle n’est en aucun cas liée à une dégradation des installations, explique en substance l’ASN.

De quelle nature sont les dysfonctionnements appelés « les écarts » ?

« Il y a plusieurs types d’écarts, ceux matériels, tout d’abord… C’est-à-dire quelque chose dans la centrale qui ne fonctionne pas comme il devrait. »

Aucune vanne ne doit fuir, aucun élément ne doit chauffer… Ce qui est vraisemblablement arrivé à Belleville. Une fois l’anomalie repérée, il faut ensuite l’analyser. Est-elle importante ou pas ? Sur ce point aussi, Belleville aurait eu des manquements. Écarts d’analyses… Ce qui fait que le traitement – la résolution – du dysfonctionnement en tant que tel peut alors être différé dans le temps. Ce qui est inacceptable, du point de vue du gendarme ASN. « Ce qui est anormal, c’est que nos inspecteurs, qui connaissent pourtant beaucoup moins le site que les équipes qui y travaillent, y aient détecté des écarts. » Et d’évoquer notamment « des erreurs dans la planification, la préparation et la réalisation d’opérations de maintenance », mais encore des écarts non identifiés, alors qu’ils étaient pourtant signalés en salle de commandes. Ils évoquent par exemple un problème de niveau d’eau dans un réservoir…

En quoi va consister la nouvelle surveillance ?

« Dans la mesure où on a déjà effectué 22 inspections à Belleville en 2016, ce qui est déjà très important, cela ne va pas augmenter significativement leur nombre. » Elle va cependant permettre un suivi plus rapproché encore des actions mises en place par EDF au sein de la centrale pour lui permettre de revenir à un niveau total de sûreté. L’ASN attend « notamment des améliorations significatives de gestion lors des périodes d’arrêt des réacteurs »… Elle pointe, au final, principalement des problèmes en terme de management, une organisation faillible des équipes sur place. La jeunesse – donc le manque d’expérience – du personnel du site de Belleville est par ailleurs identifiée comme étant un point faible, en terme de sécurité…

« On n’est pas en situation de crise, on ne fait qu’agir en amont pour éviter toute dérive, précise l’autorité. Et si ça a porté ses fruits à la centrale de Chinon – qui a aussi connu jadis des dérives en terme de rigueur et d’exploitation, et donc une mise sous surveillance renforcée -, ça les portera aussi à Belleville. »

David Creff

Interview

Perrine Goulet, députée de la Nièvre, n’est « pas surprise » par la situation de la centrale de Belleville-sur-Loire

Perrine Goulet, députée de la Nièvre, n'est "pas surprise" par la situation de la centrale de Belleville-sur-Loire

Perrine Goulet, députée LREM 

Chef de projet à la centrale nucléaire jusqu’à son élection en juin dernier, Perrine Goulet, députée LREM de la Nièvre, assure qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir pour la population et les agents. La centrale doit cependant s’améliorer, estime-t-elle.

Elle est concernée à double titre. Élue en juin dernier députée de la première circonscription de la Nièvre, une circonscription voisine de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire, Perrine Goulet était jusqu’alors cadre au sein de l’établissement. (*). D’ailleurs, quand elle parle de la centrale, elle dit encore « nous ».

Elle a répondu à nos questions, ce mercredi en fin d’après-midi, après avoir appris que la centrale avait été placée sous surveillance renforcée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Elle assure qu’il n’y a pas d’inquiétudes à avoir pour la population mais reconnaît que le site doit s’améliorer sur plusieurs points.

Quelle a été votre réaction lorsque que vous avez appris que la centrale de Belleville était placée sous surveillance renforcée 

Pour être honnête, je n’ai pas été surprise. Je continue de suivre de très près l’évolution du site, je sais qu’il connaît un certain nombre de difficultés depuis 18 mois. Il faut cependant dédramatiser cette mesure de surveillance renforcée. Elle est certes exceptionnelle mais les autres centrales nucléaires du Val de Loire, à Chinon et à Dampierre-en-Burly, ont connu la même situation et depuis, elles ont apporté les améliorations nécessaires. Il faut être très clair, il n’y a aucune inquiétude à avoir pour la population aux alentours. Il n’y a pas de fuites radioactives !

L’ASN a cependant recensé une série d’incidents lors de l’année écoulée. Ce n’est pas anodin.

C’est vrai. Je les ai vécus, j’étais encore à la centrale. L’ASN nous surveillait déjà de près. Il y a eu des erreurs sur des protocoles techniques très précis, car tout est très encadré dans une centrale nucléaire. Des soucis sur la traçabilité. Des matériels qui se sont un peu dégradés. Nous devons aussi composer avec des restrictions budgétaires donc quand il y a des rénovations à faire, nous commençons par ce qu’il y a de plus urgent. Depuis quelques années, la centrale est en basculement de compétences. De nombreux salariés plus âgés sont partis, beaucoup de jeunes sont arrivés. Un plan de formation a été mis en place mais il n’est pas encore suffisant. Or, il faut savoir que si une erreur de procédure est renouvelée en moins de six mois, c’est considéré comme un incident. Nous savions que l’ASN nous surveillait étroitement. En annonçant cette mesure de surveillance renforcée, elle ne fait qu’officialiser cela.

Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter outre mesure selon vous ?

Pour la sécurité des habitants et des agents, je le répète, non. Pour les activités de la centrale en revanche, sans parler d’inquiétude, il est clair qu’il y aura des améliorations à apporter. Cette surveillance renforcée pourra être une chance pour la centrale de Belleville-sur-Loire. Elle va lui donner un coup de boost, l’obliger à répondre à un certain nombre d’exigences, à améliorer la formation.

« Sortir du nucléaire, on ne peut pas à l’heure actuelle »

PERRINE GOULET (Députée de la Nièvre)

Catherine Fumé, du Réseau Sortir du nucléaire, pointe un défaut de la centrale de Belleville-sur-Loire depuis sa conception. Une porosité du réacteur 1.

C’est vrai. Le sable de Loire utilisé pour l’enveloppe en béton montre des signes de porosité. Mais ce n’est pas la cuve, là où il y a les éléments radioactifs, qui est poreuse, c’est le béton. Et il y a deux enveloppes de béton. Qui sont testées régulièrement. Jusqu’à présent, les tests ont été passés avec succès. Si le prochain, en 2019, n’est pas concluant, l’activité du réacteur devra être stoppée.

Vous êtes maintenant députée de la majorité. Que pensez-vous de la politique énergétique de la France ? Faut-il sortir du nucléaire, ou réduire sa part dans la production d’énergie ?

Sortir complètement du nucléaire, on ne peut pas, à l’heure actuelle. On ne sait pas stocker l’électricité produite par les moyens de production renouvelables et on ne peut pas gérer les pics de besoins et de consommation sans le nucléaire. La consommation énergétique ne baissera pas dans les années à venir, nous aurons besoin du nucléaire. Moi je suis favorable à un mix énergétique, qui associe le nucléaire et les énergies renouvelables. Chaque mode de production a ses avantages et ses inconvénients, l’un n’empêche pas l’autre. Cela fait partie des engagements d’Emmanuel Macron pendant sa campagne, un engagement avec lequel je suis pleinement en accord.

Mais la transition énergétique a été évoquée par les gouvernements successifs de différents bords et globalement, on est resté au stade des déclarations de bonnes intentions…

Je pense que Nicolas Hulot va vraiment engager une politique concrète en ce sens. Il faut accompagner cette transition. Peut-être en arrêtant des réacteurs dans des centrales mais sans les fermer complètement. Car il faut aussi prendre en compte l’impact économique d’une centrale sur un territoire. À Belleville-sur-Loire, il y a entre 750 et 800 agents d’EDF auxquels il faut ajouter entre 200 et 300 intervenants extérieurs permanents. Toutes ces personnes vivent autour de Belleville avec leurs familles.

(*) Perrine Goulet était chef de projet à la centrale de Belleville, chargée notamment de suivre l’état des installations, la gestion des corps étrangers et des activités de génie civil. Elle a demandé et obtenu une suspension de son contrat pour se consacrer pleinement à son activité de députée.

Propos recueillis par Jean-Mathias Joly

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