Les gens ignorent les faits qui contredisent leurs fausses croyances [ça s’appelle la foi, NdT], ou le conditionnement !

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Les gens ignorent les faits qui contredisent leurs fausses croyances [ça s’appelle la foi, NdT]

People Ignore Facts That Contradict Their False Beliefs
« Si vous voulez une image du futur, imaginez une botte qui écrase un visage humain pour l’éternité » Georges Orwell « 1984 »

 


Eric Zuesse

Par Eric Zuesse – Le 23 septembre 2017 – Source Strategic Culture

Plus il y aura de ces gens, plus grand sera le risque de voir une dictature apparaître dans un pays donné. Voilà comment les aristocraties, au cours des âges, ont contrôlé les masses, en profitant de cette tendance répandue des gens à ignorer les faits contraires.

Ce que les spécialistes des sciences sociales appellent « biais de confirmation »* [voir explication en fin d’article], et ont toujours constaté à l’état endémique, facilite la manipulation du public, et détruit ainsi la démocratie, en remplaçant les informations nouvelles, par la propagande – les nouvelles fausses – dans une culture où les mensonges qui remplissent les agendas des puissants (y compris les mensonges alimentés par les propriétaires milliardaires des principaux médias) ne sont presque jamais punis (et ne sont souvent pas même démentis). Ainsi, les mensonges de ces puissants réussissent presque toujours à asservir les esprits de millions de gens, les poussant à croire ce que la classe supérieure de l’économie et du pouvoir veut qu’ils croient, peu importe à quel point cela peut paraître réellement faux.

Récemment, un exemple particulier de ce fait a attiré mon attention. Le 15 septembre 2017, un article que j’ai écrit pour la Fondation Strategic Culture, et qui était intitulé à partir d’une affirmation réelle que je n’avais découverte que récemment, était republié dans un site de nouvelles que je considère comme l’un des meilleurs, Signs of Times ou SOTT pour faire court. Le commentaire d’un lecteur de ce site a simplement rejeté cette intitulé d’article, et l’article entier, car cela contredisait ce que cette personne croyait. Ce commentateur a entièrement ignoré la preuve que je fournissais dans l’article pour justifier la véracité de la déclaration.

Quelle que soit l’irréfutabilité de la preuve, la plupart des gens rejettent tout ce qui contredit leurs fausses croyances profondément ancrées, et le commentaire de ce lecteur a cristallisé pour moi ce phénomène du « biais de confirmation » – le phénomène consistant à ignorer les preuves qui contredisent ce que l’on croit.

L’article était intitulé « Le libéralisme ne respecte pas la souveraineté des nations. » Je n’avais jamais eu connaissance de ce fait avant de l’avoir étudié, mais j’ai constaté, après examen (en citant dans mon article des documents clés) de l’histoire en question, que c’est en vérité le cas : le libéralisme (tel qu’il est compris et défini par les experts du sujet, et tel qu’il repose sur les principaux documents pédagogiques de la tradition historique) rejette la souveraineté des nations. La découverte de ce fait m’a choqué. Donc j’ai écrit un article qui l’a documenté, et la Fondation Strategic Culture l’a accepté, et il a ensuite été republié sur quelques autres sites, y compris SOTT.

Le commentaire du lecteur du site SOTT qui, pour moi, a personnifié le biais de confirmation, était (dans son intégralité) rédigé ainsi : « Il s’agit d’une déformation plutôt nouvelle, qui blâme les libéraux pour avoir envahi des pays. J’ai toujours associé le libéralisme à la gauche et à la politique démocratique et progressiste. J’ai toujours associé le conservatisme avec la droite, les grandes entreprises, le militarisme et l’invasion d’autres pays. Vous essayez de déplacer les poteaux des buts, n’est-ce pas ? »

Cette personne n’a jamais cliqué sur les liens de mon article documentant le cas, ni même lu les citations, données dans l’article lui-même, de John Locke et d’Adam Smith, qui ont été les fondateurs principaux du libéralisme, telle que cette tradition est venue jusqu’à nous. Il a plutôt ignoré toutes ces preuves en déclarant – sans aucune espèce d’explication – que moi – et SOTT, et Fondation Strategic Culture, qui ont publié – « essayions de déplacer les poteaux des buts ».

Moi, électeur de Bernie Sanders et progressiste de longue date, adversaire du conservatisme, « j’essaie de déplacer les poteaux des buts » – comment ? En soulignant le charlatanisme du libéralisme ? En soulignant la source originelle de sa conception par des sponsors aristocratiques (dans ce cas les nobles qui ont parrainé Locke et Smith), comme une idéologie qui encouragerait la conquête, l’Empire et découragerait la démocratie, qui, pour sa part, repose sur l’aspect sacré de la souveraineté nationale – en raison d’un gouvernement qui ne peut pas être imposé par, ou pour le compte de toute personne qui n’est pas un citoyen du pays. Le libéralisme, je le montre, a été conçu pour l’Empire, pas pour la démocratie. Ce lecteur a simplement refusé d’examiner la preuve.

Les gens qui se trompent eux-mêmes avec insistance me dérangent. Quiconque bloque les principaux faits pertinents et persiste à penser que les mensonges avec lesquels il a grandi, ou qu’il a été poussé à croire, ne se nuit pas seulement à lui-même à cause des mensonges qu’il croit, mais vote sur la base de ces mensonges. Et donc ces personnes qui refusent d’être informées détruisent la démocratie et invitent au contrôle de la nation par l’aristocratie – qui parraine les partisans de ces mensonges. Les personnes qui refusent d’interroger leurs propres croyances, deviennent des groupes putrides de plus en plus puissants,   imbibés de croyances qui ont été créées, nourries, soutenues et sont devenues un ramassis de plus en plus grand de mensonges, par le ressassement constant dans les médias, et par les lobbyistes des riches et des puissants, afin de permettre aux exploiteurs d’asservir les masses.

De tels fous auto-justifiés, qui refusent de faire le ménage dans leur ensemble de concepts, qui ont été de plus en plus pollués par les mensonges sont des ennemis de la démocratie, peu importe à quel point ils peuvent se considérer comme des libéraux. Ils ne connaissent même pas la réalité de ce qu’est le libéralisme, vraiment. Une chose qu’il n’est certainement pas (comme mon article le documente) c’est le progressisme, qui s’oppose totalement à la conquête étrangère et à l’ensemble du projet impérial de la règle imposée, que ce soit par des invasions directes ou par des coups d’État.

Ainsi, nous avons deux idéologies dominantes contre le progressisme : l’une est le conservatisme, que tout le monde reconnaît comme adversaire du progressisme, favorable à l’Empire et la conquête perpétuelle, à la guerre profitable aux marchands d’armes et aux propriétaires des médias qui bénéficient également, en agitant la fièvre de l’invasion, non seulement comme l’a fait jadis William Randolph Hearst, mais comme ils le font tous aujourd’hui. L’autre idéologie est le libéralisme, qui dissimule qu’il est réellement conservateur en étant toujours très doux envers certaines ethnies ou autres groupes opprimés à l’intérieur du pays et en condamnant violemment les conservateurs pour ce qui n’est en réalité qu’un favoritisme flagrant vis-à-vis de l’aristocratie.

Une démocratie authentique ne peut pas être basée sur un demos (un public) composé d’une majorité écrasante d’imbéciles manipulés. Ce n’est que grâce à une minuscule aristocratie et à la masse énorme de ses parasites qu’une démocratie dégénère en fascisme. Par exemple, quelque chose comme cela peut être constaté de manière écrasante avec le Parti politique qui domine le Sénat américain, la Chambre des représentants, les capitales et les législatures des États et dirige la Maison Blanche, dans cette nation démocratique – selon la propagande –, mais si c’était vraiment une démocratie, aucun de ces politiciens ne pourrait occuper une fonction publique.

Eric Zuesse

* Un constat fondamental bien établi de la recherche psychologique, concernant le biais de confirmation ou le raisonnement motivé (qui sont deux des expressions faisant référence à la tendance des gens à croire ce qu’ils veulent croire, indépendamment de tout fait contraire), est que les individus évaluent tout ce qu’ils lisent ou entendent selon leurs idées préexistantes sur un sujet donné. Plus précisément, les psychologues ont constaté que les gens ont tendance à faire attention à tout ce qui confirme leurs idées préexistantes et ont tendance à ignorer tout ce qui contredit ces croyances préétablies.

Pour les exemples, les études suivantes sont disponibles en ligne :

« Motivated Skepticism in the Evaluation of Political Beliefs », dans American Journal of Political Science de juillet 2006, qui a déclaré :

« Nous trouvons un biais de confirmation – la recherche de preuves de confirmation – lorsque [les gens] sont libres de choisir eux-mêmes la source des arguments qu’ils lisent. Les biais de confirmation et de non-confirmation conduisent à une polarisation de l’attitude (…) surtout chez ceux qui ont les a-priori les plus forts [les croyances antérieures] et le plus haut niveau de  sophistication politique [le plus haut degré d’exposition et d’implication dans l’objet donné dont l’étude s’occupait]. »

Les préjugés étaient plus forts parmi les supposés experts que chez les non-experts. Plus la personne était endoctrinée, plus elle avait de préjugés. « Les gens dénigrent activement l’information avec laquelle ils sont en désaccord, tout en acceptant des informations compatibles presque à leur valeur nominale [sans discuter, NdT] ». En outre, « ceux qui ont des attitudes faibles et mal informées affichent moins de partialité » – et c’est en fait une des raisons pour lesquelles les meilleurs jurés lors des procès sont en général des gens qui ne sont pas personnellement ou professionnellement impliqués dans un aspect de l’affaire donnée – ils sont non-experts.

L’article de Sharon Begley dans Newsweek du 25 août 2009 intitulé « Lies of Mass Destruction : ‘La même pensée faussaire qui soutient un lien entre Saddam Hussein et le  9/11 explique le pouvoir des mythes sur les soins de santé’ [tels que le plan de santé d’Obama avec ses jurys de mortalité] » résume l’étude parue dans Sociological Inquiry de mai 2009, intitulée « Il doit y avoir une raison : Ben Laden, Saddam et les justifications », qui a examiné, en octobre 2004, 49 Républicains conservateurs qui ont admis qu’ils croyaient que Saddam Hussein avait provoqué les attentats du 11 septembre. Cette étude a révélé que 48 de ces 49 conservateurs extrêmes étaient absolument imperméables à la preuve factuelle écrasante qui leur a été fournie par les présentateurs qui contredisaient leur fausse croyance.

Une étude ne concernant pas le conservatisme politique mais simplement la résistance aux nouvelles technologies, est celle de James N. Druckman, « Framing, Motivated Reasoning, and Opinions about Emergent Technologies », qui a été présentée lors d’une conférence technologique en 2009. Il a déclaré que « l’information factuelle (…) est perçue de manière biaisée (…) (par exemple, il existe un raisonnement motivé). Les faits ont un impact limité sur les opinions initiales. » En outre, « les individus ne privilégient pas les faits. (…) Ils traitent de nouvelles informations factuelles de manière biaisée. (…) Plus précisément, ils considèrent les informations cohérentes avec leurs opinions antérieures comme relativement plus fortes et considèrent les faits neutres comme compatibles avec leur opinion existante. »

Le texte « Raisonnement motivé avec les stéréotypes », dans Psychological Inquiry de janvier 1999, a révélé que « lorsqu’un stéréotype pertinent soutient l’impression souhaitée par un individu, la motivation peut amener les gens à activer ce stéréotype, s’ils ne l’ont pas déjà fait. (…) Les gens choisissent parmi les nombreux stéréotypes applicables à un individu, en activant ceux qui soutiennent leur impression concernant cet individu, inhibant ceux qui la contredisent. » De même, un autre rapport de recherche, intitulé « The Undeserving Rich : ‘Moral Values’ and the White Working Class »[Le riche sans mérite : valeurs morales et classe ouvrière blanche] dans Sociological Forum de juin 2009, a constaté que John Kerry avait probablement perdu les élections présidentielles américaines de 2004 contre George W. Bush, au moins en partie, parce que les électeurs de la classe ouvrière blanche croyaient que Bush était comme eux car il se comportait comme eux, et que Kerry n’était pas comme eux parce que sa façon d’être semblait arrogante.

Note du Saker Francophone

Eric Zuesse, votant Sanders, a lui même ses propres biais de confirmation. On peut trouver des libéraux non impérialistes chez les libertariens par exemple, profondément isolationnistes mais aussi des conservateurs non impérialistes pour qui le conservatisme n'est pas un immobilisme ou un anti-progressisme primaire mais au contraire une forme d'élévation de soi.

Mais le fond de l'article est passionnant dans son articulation surtout si on accepte de reconnaître ses propres biais. Les 19ème et 20ème siècle auront été ceux d'un libéralisme débridé, noyé sous des masses d'énergie. La fin des énergies bon marché va très surement sonner le retour du conservatisme. La bonne idée serait que ce conservatisme ne se construise pas sur une fossilisation des classes sociales.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

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