Un reportage de CNN diffusé mi-novembre dénonçait l’esclavage de certains migrants et réfugiés en Libye. Pour une poignée de dinars, des hommes et des femmes sont vendus. Un de ces migrants, qui a réussi à rejoindre la France, témoigne pour franceinfo!

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« On s’est retrouvés à plus de 1 500 dans un enclos » : en Libye, des migrants asservis tentent de survivre

Un reportage de CNN diffusé mi-novembre dénonçait l’esclavage de certains migrants et réfugiés en Libye. Pour une poignée de dinars, des hommes et des femmes sont vendus. Un de ces migrants, qui a réussi à rejoindre la France, témoigne pour franceinfo.

Des migrants vendus comme esclaves en Libye (extrait du reportage de CNN)
Des migrants vendus comme esclaves en Libye (extrait du reportage de CNN) (France 3)
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Benjamin MathieuRadio France

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C’était il y a tout juste deux semaines. Le 14 novembre dernier, CNN diffusait un reportage choc tourné en Libye. On y découvrait des réfugiés et migrants vendus comme des esclaves, pour des poignées de dinars. La vidéo a suscité une vague d’indignation jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, Emmanuel Macron qualifiant ces actes de « crime contre l’Humanité ».

L’une des victimes de cette barbarie, un migrant camerounais réduit en esclavage lorsqu’il était en Libye, a réussi à acheter sa liberté et traverser la Méditerranée au péril de sa vie. Il vit désormais en France, chez un de ses proches, depuis près d’un an. Ce sans-papiers témoigne au micro de franceinfo pour faire connaître la réalité de la situation en Libye.

Capturés dans le désert par une milice

En janvier 2015, Valentin a décidé de quitter son pays natal, le Cameroun, en compagnie de sa jeune sœur. Direction « l’Eldorado », c’est-à-dire l’Europe. Le jeune homme, âgé aujourd’hui de 32 ans, traverse le Nigeria et le Niger. Ce périple de 5 000 kilomètres le mène jusqu’à Debdeb, à la frontière entre l’Algérie et la Libye. Avec sa soeur, ils y paient un passeur 500 euros et entament une marche de nuit à travers le désert. C’est au cours de cette traversée qu’ils sont capturés par une milice libyenne.

« Les messieurs sont arrivés. C’étaient des arabes et tout le monde était armé avec des Kalachnikov », se souvient Valentin. Les miliciens sont agressifs envers le groupe de migrants : « Ils ont commencé à gronder en parlant arabe, tout en nous disant de monter à l’arrière de la voiture. On nous a attachés et le voyage a commencé. »

1 500 personnes regroupées dans un enclos

Le « voyage », comme il l’appelle, est en fait un premier traumatisme. « Il y avait des enfants avec nous qui pleuraient. Le chauffeur s’est garé, il est venu à l’arrière, il a sorti les trois enfants en les jetant au sol comme des pommes », raconte le Camerounais. Il assiste alors à une scène d’une violence extrême :

Il a tiré dessus, il a abattu les trois enfants

Valentin, Camerounais de 32 ans

à franceinfo

Le convoi roule pendant plusieurs heures dans le désert. « Il roule presque toute la journée », se remémore Valentin. Cachés sous des bâches, Valentin et sa sœur ne savent pas où ils sont emmenés. « À 19 heures, il se gare dans un enclos », détaille le Camerounais de 32 ans. « On s’est retrouvés avec plus de 1 500 Noirs, hommes et femmes mélangés, avec des enfants et des femmes enceintes, dans un enclos. » Les esclaves qu’ils rejoignent semblent être enfermés depuis longtemps :

On voit des gens abandonnés comme s’ils étaient là depuis des mois ou des années.

Valentin, migrant victime d’esclavage en Libye

à franceinfo

Puis, les nouveaux arrivants sont séparés et emmenés un peu plus loin dans le désert. « Ils nous ont fait descendre avec une brutalité extrême, tout en nous battant et en nous mettant le front contre le sol », raconte Valentin. Les miliciens, nombreux, pointent des armes dans leur dos. « Ils ont commencé à violer les femmes. »

Les déserteurs tués, les esclaves affamés

Au retour de cette séance de viol collectif, Valentin est séparé de sa sœur : il ne l’a pas revue depuis. Les miliciens l’obligent à travailler comme esclave, dans les champs ou sur des chantiers. Il passe de mains en mains : « On peut passer peut-être une semaine ou deux dans un endroit. Il y en a un autre qui viendra nous prendre. » Pour Valentin, qui ne parle pas arabe, difficile de comprendre ce qui se joue au cours des transactions.

Il revient nous prendre, il nous emmène ailleurs, chez lui. On surveille là-bas et, quand c’est fini, il y en a un autre qui revient nous chercher.

Valentin, Camerounais de 32 ans

à franceinfo

Leurs ravisseurs font régner la terreur dans le camp, tuant les déserteurs et affamant les prisonniers. Cela donne lieu à des scènes effroyables. « On était affamés depuis trois jours et j’ai vu des gars, dont je ne vais pas citer la nationalité, qui ont découpé les cuisses de l’un des morts. Ils l’ont mangé devant mes yeux. »

Valentin sort de cet enfer après deux mois de supplices grâce à un passeur camerounais qui le rachète aux Libyens. Il rejoint Tripoli et traverse la Méditerranée en Zodiac. Il réussit à poser le pied en Italie. Il a bien sûr vu la vidéo de CNN. C’est d’ailleurs le reportage qui l’a poussé à témoigner « pour que le monde connaisse l’horreur » réservée aux migrants en Libye.

« On s’est retrouvés à plus de 1 500 dans un enclos » : en Libye, des migrants asservis tentent de survivre
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