HACKING HEALTH : L’INTELLIGENCE COLLECTIVE AU SERVICE DE LA SANTÉ! UNE INITIATIVE INTÉRESSANTE? ET POURQUOI PAS?

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HACKING HEALTH : L’INTELLIGENCE COLLECTIVE AU SERVICE DE LA SANTÉ

« Ensemble, imaginons la santé de demain » : voilà la devise de l’évènement Hacking Health qui s’est déroulé mi-octobre à Besançon. Pendant 48 heures, étudiants et professionnels ont agité leurs neurones pour trouver des solutions à des problèmes rencontrés dans le secteur de la santé.

Créer une chaise de massage pour des personnes lourdement handicapées, adapter un robot humanoïde aux besoins des enfants autistes, améliorer la surveillance des patients hospitalisés après une opération grâce au numérique : voici un échantillon des défis proposés aux participants du marathon d’innovation Hacking Health, qui a eu lieu du 13 au 15 octobre dans les anciens bâtiments de l’hôpital St-Jacques et à la Maison des sciences de l’homme et de l’environnement (MSHE Ledoux).

Le premier « Hacking Health » a vu le jour dans un hôpital de Montréal en 2012. Le modèle s’est rapidement étendu à d’autres villes un peu partout dans le monde : on compte aujourd’hui 55 villes réparties dans 21 pays. Cette année, l’évènement a fait son apparition à Besançon, sur l’impulsion du Pôle des microtechniques et de la communauté d’agglomération du Grand Besançon. Une implantation logique car Besançon fait partie du réseau French Tech Health Tech1 en raison de la présence de nombreuses entreprises et organismes qui innovent dans le secteur de la santé. La formule Hacking Health a séduit beaucoup d’entre eux, parmi lesquels l’Institut supérieur d’ingénieur de Franche-Comté (ISIFC) de l’université de Franche-Comté, le CHU, l’Établissement français du sang, l’Agence régionale de santé (ARS)…

Le principe de ce challenge de l’innovation : résoudre en deux jours un problème proposé par des « porteurs de défis ». Ces derniers pouvaient être aussi bien des professionnels de santé que des ingénieurs, des développeurs ou encore des patients. Trouver ces porteurs de défis (qui devaient également s’engager dans le marathon en tant que chefs d’équipe) était l’indispensable mission de Nadia Butterlin, enseignante-chercheuse spécialiste du dispositif médical à l’ISIFC, et de Christophe Dollet, chargé de mission au Grand Besançon et animateur du Hacking Health. « Les gens avaient peur de ne pas pouvoir se rendre suffisamment disponibles, de manquer de temps… Il a fallu démystifier tout ça pour leur donner envie de participer », témoignent-ils. Diététicienne du CHU de Besançon, kinésithérapeute formatrice, association de patients, médecin généraliste, étudiants, enseignant-chercheur… : ils ont été une vingtaine à proposer chacun une problématique issue de leur expérience de terrain. Selon les cas, les porteurs de défis subissaient le problème mais ne savaient pas comment y remédier, ou bien avaient déjà l’idée d’une solution mais ne pouvaient pas y aboutir seuls.

Mécanique et numérique

L’ISIFC et son entreprise Biotika2 ont présenté deux défis : « Remote Postoperative Monitoring », qui consistait à concevoir un dispositif et une application smartphone permettant une meilleure surveillance post-chirurgicale des patients hospitalisés, et « Augmented Patient Setup », dont l’objectif était d’améliorer la répétabilité au quotidien du positionnement du patient en radiothérapie, tout en facilitant le travail des manipulateurs. Contrairement à la plupart des autres Hacking Health, celui de Besançon n’était pas exclusivement tourné vers le numérique : « On a voulu faire un évènement à notre image, c’est-à-dire technique, pas uniquement logiciel », souligne Nadia Butterlin. Sur place, les participants avaient accès à un fablab permettant de bricoler, découper des matériaux, imprimer en 3D…, grâce aux équipements mis à disposition par l’ISIFC et la plateforme technologique Microtechniques-prototypage de Morteau. Le fablab de Planoise leur a également ouvert ses portes pour effectuer de la découpe laser.

Cette première édition du marathon a attiré environ 200 participants, dont une majorité d’étudiants de tous horizons : l’ENSMM, Access code school… et, côté université de Franche-comté, l’ISIFC, l’UFR Sciences médicales et pharmaceutiques et l’UFR Sciences et techniques (CMI Informatique, CMI S-Cube, CMI PICS, master P2N).

L’évènement a démarré le vendredi par une série de conférences. Puis, les 18 porteurs de défis ont eu chacun une minute pour présenter leur problématique. Le vendredi soir, les participants se sont répartis en équipes de cinq à dix personnes par défi, en fonction de leur intérêt pour les problématiques et des profils recherchés. Les équipes ont commencé à plancher sur leur sujet dans la nuit du vendredi au samedi et avaient jusqu’au dimanche après-midi pour élaborer une solution. Des coaches – médecins, développeurs, ingénieurs – étaient présents pour les conseiller, sans toutefois pouvoir participer aux défis. Thomas Bouquet est l’un des 25 étudiants de l’ISIFC à s’être investi dans le marathon. « On a fait un brainstorming le vendredi, lancé des idées, cherché des arguments et contre-arguments, afin de revenir le samedi matin avec une piste qui fasse consensus », raconte-t-il.  

Des profils complémentaires

Cette façon de travailler est loin d’être inhabituelle pour ces futurs ingénieurs spécialistes des dispositifs médicaux. Ce qui l’est beaucoup moins en revanche, c’est de collaborer avec des étudiants d’autres filières. C’est bien là toute la richesse du Hacking Health, comme l’explique Nadia Butterlin : « L’idée est de favoriser la mixité entre des cultures différentes. Il s’agit véritablement d’intelligence collective. »

« C’était agréable de rencontrer d’autres personnes, de découvrir d’autres points de vue, d’autres compétences, ajoute Pierre Bonnevaux, étudiant en 3e et dernière année à l’ISIFC3. Chacun avait sa spécialité, ce qui permet de bien se répartir les tâches. » Même son de cloche du côté de Thomas Bouquet et Lucas Meuriot, en 2e année. Leur groupe a travaillé sur un défi lancé par une pharmacienne de l’Établissement français du sang (EFS) : trouver un moyen de réduire considérablement le temps de décongélation du plasma. Ils ont abouti à une solution très prometteuse, qui leur a valu le prix Coup de cœur du jury : « Fanny Delettre de l’EFS4 est arrivée avec sa problématique et ne savait pas du tout comment la résoudre », raconte Lucas. « Les étudiants de l’ENSMM ont notamment apporté leurs connaissances en mécanique des fluides ; moi je me suis plutôt occupé de l’aspect réglementaire et du concept biophysique, ajoute Thomas. Entre étudiants de l’ISIFC, on n’aurait pas pu aboutir à un tel résultat, et c’était pareil pour ceux de l’ENSMM. »

Émile Carry, enseignant-chercheur à l’UFR Sciences et techniques, a participé à l’animation du fablab pour la conception électronique. Il a incité ses étudiants du CMI S-Cube5 à prendre part à ce marathon d’innovation : « J’ai essayé de leur expliquer qu’apporter un regard différent, c’est déjà pas mal, mais ils ont tous des connaissances ou compétences intéressantes. » Chacun doit pouvoir trouver sa place dans l’équipe. « Il faut être compréhensif, prendre en compte l’avis de tout le monde, car le but est d’avancer », résume Cécile Paque, étudiante à l’ISIFC en 3e année, de l’équipe CYBeLE6.

Le dimanche à 15 heures, les équipes ont présenté leur prototype en un « pitch » de trois minutes aux autres participants et au jury composé de professionnels du secteur de la santé numérique. Plusieurs prix sont venus récompenser les projets les plus convaincants, parmi lesquels ceux de Cécile, Thomas, Lucas, ainsi que les deux projets portés par l’ISIFC. « Les résultats sont une première étape de solution, précise Nadia Butterlin. En décernant des prix, les membres du jury donnent un coup de pouce à un projet. » Plusieurs projets vont ainsi être accompagnés par des partenaires comme le pôle Numerica, OneFit Medical, le Centre d’investigation clinique de Besançon… « Nous sommes parvenus à un résultat très satisfaisant, mais il faut encore creuser, explique Thomas Bouquet. Peut-être qu’on découvrira des problèmes, mais tant qu’on n’aura pas approfondi, on ne pourra pas savoir. » L’EFS devrait prendre le relais et poursuivre les tests en collaboration avec les institutions bisontines.

Comme les autres étudiants interrogés, Lucas et Thomas ont été conquis par cette première édition du Hacking Health Besançon. L’an prochain, c’est sûr, ils seront au rendez-vous.

  1. Initiative de l’État, la marque French Tech rassemble les start-up françaises. Dans ce paysage d’entreprises, neuf secteurs d’activité particulièrement dynamiques ont été identifiés. Besançon fait ainsi partie du réseau thématique « #HealthTech : #BioTech #MedTech #e-santé ».
  2. Biotika est une entreprise créée en 2006 au sein de l’ISIFC. Elle est intégrée au cursus des étudiants et leur permet de découvrir toutes les facettes du métier d’ingénieur biomédical et la vie d’un bureau d’études.
  3. Pierre et ses coéquipiers avaient pour objectif d’imaginer un exosquelette d’épaule pour des personnes dont la mobilité du bras est réduite.
  4. Fanny Delettre est pharmacienne responsable du service de delivrance-distribution des produits sanguins labiles à l’EFS de Besancon.
  5. Cursus master en ingénierie Mécanique, électronique, automatique – structures et systèmes intelligents. Les CMI sont des cursus en cinq ans. Ils correspondent à une licence et un master renforcés par des unités d’enseignements spécifiques.
  6. Ce défi consistait à créer une plateforme pour faciliter la formation continue des professionnels de santé. Le projet a reçu le prix Onlineformapro.

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