POLITIQUE 19/02/2018 04:42 CET | Actualisé il y a 7 heures Réforme de la SNCF: Édouard Philippe réussira-t-il là où son mentor Alain Juppé a échoué?

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19/02/2018 04:42 CET | Actualisé il y a 7 heures

Réforme de la SNCF: Édouard Philippe réussira-t-il là où son mentor Alain Juppé a échoué?

En 1995, le premier ministre avait mis les cheminots dans la rue avant de faire machine arrière. Rebelote 23 ans plus tard?

AFP/GETTY IMAGES
Réforme de la SNCF: Édouard Philippe réussira-t-il là où son mentor Alain Juppé a échoué?

POLITIQUE – Cette année-là, il était « droit dans ses bottes ». Cela n’avait pas empêché Alain Juppé de reculer quelques temps plus tard face à la pression de la rue.

Quand, en novembre 1995, le premier ministre de Jacques Chirac présente son plan de réforme de la sécurité sociale et des régimes spéciaux de retraite, cela fait déjà quatre mois qu’il a prononcé -à propos de la polémique sur le prix de son logement-, la fameuse citation qui l’a poursuivi toute sa carrière. Au même moment, un nouveau contrat de plan Etat-SNCF, qui prévoit la suppression de milliers de kilomètres de voies ferrées met les cheminots dans tous leurs états.

Cette accumulation de dossiers explosifs met finalement la France à l’arrêt pendant trois semaines, du jamais-vu depuis 1968. Plus d’un million de personnes défilent dans les rues le 12 décembre. Alain Juppé est contraint, trois jours plus tard, de faire machine arrière.

Voilà tout ce qu’Édouard Philippe doit éviter. Mais 23 ans après son mentor, le premier ministre d’Emmanuel Macron se lance lui aussi dans une mission doublement périlleuse: réformer les retraites et engager la bataille du rail. Jean-Paul Delevoye a lancé le premier chantier au dernier trimestre 2017 et il doit aboutir en 2019. Quant au dossier SNCF, il est ouvert ce lundi 19 février par le chef du gouvernement.

« Le plus grand danger c’est le statu quo »

Quelques jours après la remise d’un rapport explosif signé Jean-Cyril Spinetta, l’ancien maire du Havre a reçu à Matignon la direction de l’entreprise publique pour lancer un cycle de négociations qui s’annonce tendu. Guillaume Pepy, président du groupe et PDG de SNCF Mobilités, Frédéric Saint-Geours, président du conseil de surveillance, et Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, sont sortis de ce rendez-vous à Matignon sans déclaration.

Les quatre syndicats représentatifs à la SNCF (CGT, Unsa, SUD et CFDT) étaient eux, reçus séparément par Elisabeth Borne au ministère des Transports.

Mardi, le premier ministre s’entretiendra avec le président de la principale fédération d’usagers. Mercredi et jeudi, ce sera au tour des élus locaux, avant des réunions avec les syndicats la semaine suivante. La méthode et le calendrier de la réforme seront annoncés dans la foulée, sans doute le 26 février.

Mais déjà, la ministre des Transports a prévenu. « Le plus grand danger pour ce grand service public auquel nous sommes tous attachés, ce n’est pas la réforme, c’est le statu quo. La casse du service public, c’est de laisser perdurer la situation actuelle », a mis en garde Elisabeth Borne dans le JDD le 18 février. Le genre de déclarations qui n’est pas de nature à rassurer les syndicats ni l’opposition, qui craignent un démantèlement du service public (par la fermeture des petites lignes les moins rentables) et la mise à mal du statut -et de ses conditions favorables- des cheminots.

Pour mettre la pression, la CGT a déjà appelé les cheminots à manifester le 22 mars, en même temps que les fonctionnaires qui défileront contre la réforme de la fonction publique. « Quand on est attaqué, on se défend », a justifié Philippe Martinez en fin de semaine dernière sur France Inter. Il a laissé entendre que la manifestation pourrait s’accompagner d’une grève, en prévenant que « si les salariés de la SNCF sont en grève, il n’y a pas de train et on ne peut plus se déplacer ». La référence aux blocages de 1995 est très claire.

Les cheminots, des privilégiés?

A l’époque, après quelques jours de flottement, les Français avaient largement apporté leur soutien aux grévistes, se contentant du système D (covoiturage, marche à pied et vélo). La campagne sur les « soi-disant privilèges des cheminots n’a pas eu de prise car nous avions beaucoup communiqué en amont sur ce qu’était leur réalité sociale; mais le gouvernement ne l’a pas compris », rapportait il y a quelques années Bernard Thibault, ancien cheminot devenu ensuite le patron de la CGT.

Mais depuis la situation a sans doute évolué. La mise en place d’un service minimum dans les transports pourrait mettre à mal la volonté de bloquer totalement le pays. Quant à l’image de la SNCF et des cheminots, elle n’est pas au beau fixe. « L’année 2017 a été terrible pour nous. Tous les feux sont au vert pour que le public soit derrière le gouvernement », craint dans le JDD Bruno Poncet, un porte-parole de Sud-Rail, syndicat né en 1995 d’une scission de la CFDT.

Si les conditions du même bras de fer qu’il y a 23 ans semblent réunies, le tout sera de connaître l’état du rapport de forces entre les parties. La réforme du Code du travail a montré que le crédit des syndicats était entamé. A l’Elysée et à Matignon, on espère rééditer la même performance. Cela pourrait passer par des concessions sur les sujets touchant à l’aménagement du territoire, notamment un hola sur la fermeture des lignes les moins rentables. Histoire de se mettre les élus locaux dans la poche et d’isoler un peu plus les cheminots.

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• Les pistes de ce rapport pour réformer la SNCF risquent de faire hurler les cheminots

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