Le sort des Empires et la recherche de leur survie 1/5. L’histoire et le déclin des empires..d’actualité finalement !

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Le sort des Empires et la recherche de leur survie 1/5


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John Bagot Glubb est né en 1897, son père étant un officier engagé dans le corps des Royal Engineers, le corps du Génie. À l’âge de quatre ans, il a quitté l’Angleterre pour l’Ile Maurice, où son père a été posté pour un tour de service de trois ans. À l’âge de dix ans, il a été envoyé à l’école pendant un an en Suisse. Ces voyages de jeunesse peuvent avoir ouvert son esprit au monde extérieur à un âge précoce. Entré à l’Académie royale militaire de Woolwich en septembre 1914, il fut requis par les Royal Engineers en avril 1915. Il servit pendant la Première Guerre mondiale en France et en Belgique, fut blessé trois fois et reçut la Croix militaire. En 1920, il se porta volontaire pour servir en Irak, en tant qu’officier militaire, mais en 1926 il démissionna de son mandat et accepta un poste administratif sous le gouvernement irakien. 

En 1930, cependant, il a signé un contrat pour servir le gouvernement de la Transjordanie (maintenant la Jordanie). De 1939 à 1956, il commanda la fameuse Légion arabe, qui était en réalité l’armée jordanienne. Depuis sa retraite, il a publié dix-sept livres, principalement sur le Moyen-Orient, et a donné de nombreuses conférences en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Europe.

Nous vous proposons en 5 épisodes un document exceptionnel qui est à lui seul la raison d’être de ce blog, comme une intuition haute d’une connaissance du jeu des Empires et des pas déjà empruntés par de nombreux hommes avant nous, avant internet et avant la globalisation.

Introduction 

En traversant la vie, nous apprenons par l’expérience. Nous regardons notre comportement quand nous étions jeunes et pensons à quel point nous étions stupides. De la même manière, notre famille, notre communauté et notre ville s’efforcent d’éviter les erreurs commises par nos prédécesseurs. Les expériences de la race humaine ont été enregistrées, plus ou moins en détail, pendant environ quatre mille ans. Si nous essayons d’étudier une telle période dans autant de pays que possible, nous semblons découvrir les mêmes schémas constamment répétés dans des conditions très différentes de climat, de culture et de religion. Certes, nous nous demandons si ayant étudié calmement et impartialement l’histoire des institutions humaines et du développement au cours de ces quatre mille ans, ne devrions-nous pas parvenir à des conclusions qui aideraient à résoudre nos problèmes aujourd’hui ? Car tout ce qui se passe autour de nous est déjà arrivé encore et encore.

Une telle conception ne semble jamais avoir pénétré dans l’esprit de nos historiens. En général, l’enseignement historique dans les écoles est limité à notre petite île. Nous réfléchissons sans cesse aux Tudor et aux Stewart, à la bataille de Crécy et à Guy Fawkes. Peut-être cette étroitesse est-elle due à notre système d’examen, qui nécessite la définition attentive d’un programme que tous les enfants doivent observer.

Je me souviens d’avoir visité une école pour enfants handicapés mentaux. « Nos enfants n’ont pas à passer d’examens, m’a dit le directeur, et nous sommes donc en mesure de leur enseigner des choses qui leur seront très utiles dans la vie. » 

Quoi qu’il en soit, la thèse que je souhaite avancer est que des leçons inestimables pourraient être tirées si l’histoire des quatre mille dernières années pouvait être étudiée de manière approfondie et impartiale. Dans deux articles, parus dans le Blackwood’s Magazine, j’ai tenté d’esquisser brièvement quelques-unes des leçons que je crois que nous pourrions apprendre. Mon plaidoyer est que l’histoire devrait être l’histoire de la race humaine, pas celle d’un petit pays ou d’une seule période.

Le destin des Empires
1. Apprendre de l’Histoire 

« La seule chose que nous apprenons de l’histoire, nous dit-on, c’est que les hommes n’apprennent jamais rien de l’histoire » une généralisation radicale peut-être, mais que le chaos du monde actuel confirme chaque jour. Quelle peut donc être la raison pour laquelle, dans une société qui prétend explorer chaque problème, les fondements de l’histoire sont encore si complètement inconnus ?

Plusieurs raisons à la futilité de nos études historiques peuvent être suggérées. Premièrement, notre travail historique est limité à de courtes périodes qui sont l’histoire de notre propre pays, ou celle d’un âge particulier que, pour quelque raison que ce soit, nous respectons.

Deuxièmement, même dans ces courtes périodes, l’inclination que nous donnons à notre récit est régie par notre propre vanité plutôt que par l’objectivité. Si nous considérons l’histoire de notre propre pays, nous écrivons longuement sur les périodes où nos ancêtres étaient prospères et victorieux, mais nous passons rapidement sur leurs lacunes ou leurs défaites. Notre peuple est représenté comme un héros patriotique, nos ennemis, eux, comme des impérialistes cupides ou comme des rebelles subversifs. En d’autres termes, nos histoires nationales sont de la propagande, pas des enquêtes bien équilibrées.

Troisièmement, dans le domaine de l’histoire du monde, nous étudions certaines périodes courtes, généralement non reliées entre elles, que la mode a rendues populaires à certaines époques. La Grèce 500 ans avant le Christ, la République et le début de l’Empire romain en sont des exemples. Les intervalles entre les « grandes périodes » sont négligés. Récemment, la Grèce et Rome ont été largement discréditées, et l’histoire tend à devenir de plus en plus l’histoire paroissiale de nos propres pays.

Pour tirer des leçons utiles de l’histoire, il me semble d’abord essentiel de comprendre le principe que l’histoire, pour être significative, doit être celle de la race humaine. Car l’histoire est un processus continu, se développant, changeant et faisant des détours graduellement, mais en général progressant en un seul et puissant courant. Toutes les leçons utiles à tirer doivent être apprises par l’étude de l’ensemble du flux du développement humain, et non par la sélection de courtes périodes ici et là dans un pays ou un autre.

Chaque âge et chaque culture dérive de ses prédécesseurs, ajoute sa propre contribution et la transmet à ses successeurs. Si nous boycottons diverses périodes de l’histoire, les origines des nouvelles cultures qui leur ont succédé ne peuvent être expliquées.

La science physique a élargi ses connaissances en s’appuyant sur le travail de ses prédécesseurs et en réalisant des millions d’expériences prudentes dont les résultats sont méticuleusement consignés. De telles méthodes n’ont pas encore été employées dans l’étude de l’histoire du monde. Notre travail historique au coup par coup est encore dominé par l’émotion et les préjugés.
2. La vie des Empires 

Si nous voulons connaître les lois qui régissent l’ascension et la chute des empires, il est évident que nous devons étudier les expériences impériales enregistrées dans l’histoire, et essayer d’en déduire toutes les leçons qui semblent leur être applicables.

Le mot « empire » associé à l’Empire britannique, est visualisé par certains comme une organisation constituée d’un pays d’Europe et de « colonies » dans d’autres continents. Dans cet essai, le terme « empire » est utilisé pour désigner une grande puissance, souvent appelée aujourd’hui superpuissance. La plupart des empires de l’histoire ont été de grands blocs terrestres, presque sans possessions outre-mer.

Nous possédons une quantité considérable d’informations sur de nombreux empires enregistrés dans l’histoire, sur leurs vicissitudes et leur durée de vie, par exemple :

Nation Dates de l’expansion et de la chute Durée en années :

 
Assyrie 859 – 612 av. J.-C =247
Perse
(Cyrus et ses descendants) 538 – 330 av. J.-C =208
Grèce
(Alexandre et ses successeurs) 331 – 100 av. J.-C =231
République romaine 260 – 27 av. J.-C =233
Empire romain 27 av. J.-C – 180 =207
Empire arabe 634 – 880 =246
Empire mamelouk 1250 – 1517 =267
Empire ottoman 1320 – 1570 =250
Espagne 1500 – 1750 =250
Russie des Romanov 1682 – 1916 =234
Grande-Bretagne 1700 – 1950 =250
États-Unis* 1846 – ? (2053/2113)** ? =207 à 267

* Les USA ont été ajoutés par le traducteur. 1846 correspond à la première Guerre d’extension territoriale contre un État constitué, le Mexique

** On peut s’amuser à calculer la date de fin de l’Empire américain selon la valeur basse du tableau (207 ans : Empire romain) ou la valeur haute (267 ans : l’Empire mamelouk), ou imaginer une fin plus précoce vu l’état de décomposition avancé de la société américaine. 

Cette liste appelle certains commentaires. 

(1) Le présent auteur explore les faits, n’essayant pas de prouver quoi que ce soit. Les dates indiquées sont en grande partie arbitraires. Les empires ne commencent généralement pas ou ne se terminent pas à une certaine date. Il y a normalement une période progressive d’expansion puis une période de déclin. La ressemblance dans la durée de ces grandes puissances peut être l’objet d’une réflexion. Les affaires humaines sont sujettes à de nombreux facteurs de chance, et il n’est pas possible de prévoir qu’elles puissent être calculées avec une exactitude mathématique.

(2) Néanmoins, il est suggéré qu’il existe une ressemblance suffisante entre les périodes de vie de ces différents empires pour justifier une étude plus approfondie.

(3) La division de Rome en deux périodes peut être jugée injustifiée. La première, républicaine, date de l’époque où Rome devint maître de l’Italie et se termine avec l’avènement d’Auguste. La période impériale s’étend de l’avènement d’Auguste à la mort de Marc Aurèle. Il est vrai que l’empire a survécu nominalement pendant plus d’un siècle après cette date, mais il l’a fait dans une confusion constante de rébellions, de guerres civiles et d’invasions barbares.

(4) Tous les empires n’ont pas résisté longtemps. L’empire babylonien de Nabuchodonosor, par exemple, a été renversé par Cyrus, après une durée de vie de seulement soixante-quatorze ans.

(5) Une déduction intéressante des chiffres semble être que la durée des empires ne dépend pas de la vitesse de déplacement ou de la nature des armes. Les Assyriens marchaient à pied et se battaient avec des lances, des arcs et des flèches. Les Britanniques utilisaient de l’artillerie, des chemins de fer et des navires de haute mer. Pourtant, les deux empires ont duré environ les mêmes périodes. De nos jours, on a tendance à dire que c’est l’âge de l’aviation, et par conséquent il n’y a rien à apprendre des empires du passé. Une telle attitude semble être erronée.

(6) Il est tentant de comparer la vie des empires avec celle des êtres humains. Nous pouvons choisir quelqu’un et dire que la vie moyenne d’un être humain est de soixante-dix ans. Tous les êtres humains ne vivent pas exactement soixante-dix ans. Certains meurent durant leur enfance, d’autres sont tués dans des accidents au milieu de la vie, certains survivent jusqu’à l’âge de quatre-vingt ou quatre-vingt-dix ans. Néanmoins, malgré ces exceptions, nous sommes justifiés à dire que soixante-dix ans est une estimation juste de l’espérance de vie d’une personne moyenne.

(7) Nous pouvons peut-être à ce stade être autorisés à tirer certaines conclusions :

(a) Malgré les accidents de la fortune et les circonstances apparentes du genre humain à différentes époques, les durées des différents empires à des époques variées montrent une similitude remarquable.

(b) Des changements immenses dans les technologies de transport ou dans les méthodes de guerre ne semblent pas affecter les espérances de vie d’un empire.

(c) Les changements dans les technologies des transports et de la guerre ont cependant affecté la forme des empires. Les Assyriens, marchant à pied, ne pouvaient que conquérir leurs voisins, qui n’étaient accessibles que par terre : les Mèdes, les Babyloniens, les Perses et les Égyptiens.

Les Britanniques, utilisant des navires de haute mer, ont conquis de nombreux pays et sous-continents accessibles par l’eau – Amérique du Nord, Inde, Afrique du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande – mais ils n’ont jamais réussi à conquérir leurs voisins, France, Allemagne et Espagne. 

Mais, bien que les formes des Empires assyrien et britannique aient été complètement différentes, ils ont toutes deux résisté à peu près la même durée.

3. Le critère humain 

Qu’est-ce qui, alors, pouvons-nous nous demander, peut avoir été le facteur qui a causé une telle similitude extraordinaire dans la durée des empires, dans des conditions si diverses, et des réalisations technologiques tout à fait différentes ?

L’une des très rares unités de mesure qui n’a pas sérieusement changé depuis les Assyriens est la « génération » humaine, une période d’environ vingt-cinq ans. Ainsi, une période de 250 ans représenterait environ dix générations de personnes. Un examen plus attentif des caractéristiques de l’ascension et de la chute des grandes nations peut mettre en valeur la signification possible de la séquence des générations.

Épisode suivant (Publié au même moment la semaine prochaine)

Sir John Glubb, mieux connu sous le nom de Glubb Pacha, est né en 1897 et a servi en France pendant la Première Guerre mondiale de 1915 à 1918. En 1926, il a quitté l’armée régulière pour servir le gouvernement irakien. De 1939 à 1956, il commande la fameuse légion arabe jordanienne. Depuis sa retraite, il a publié seize livres, principalement sur le Moyen-Orient, et a donné de nombreuses conférences.

Liens

Ce texte est tiré d’une précédente traduction.

Dépravation, frivolité et dissidence : assistons-nous à la fin d’un empire ?

Traduit par Hervé relu par Cat pour le Saker Francophone

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