Médicaments connectés, Le thermomètre à avaler, c’est pour bientôt ! Souriez, vous serez fliqués…Ah! le progrès, décidément, une véritable invasion de puces nous attend !

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Médicaments connectés, c’est pour bientôt !

Par Julia Zimmerlich

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Crédit : Victor Habbick Visions-Getty Images

À première vue, il s’agit d’un médicament classique. Mais à l’intérieur se cache un mouchard qui signale que le patient a bien pris son traitement. En novembre dernier, les autorités sanitaires américaines ont autorisé la mise sur le marché du comprimé Abilify MyCite, le premier médicament connecté à ingérer. Le principe ? Chaque comprimé contient un capteur de la taille d’un grain de sable, composé de cuivre et de magnésium, qui au contact des sucs gastriques émet un signal capté par un patch collé sur les côtes du patient. Le patch transmet alors par Bluetooth les informations recueillies à une application sur le smartphone du malade. Et s’il le souhaite, il peut donner accès aux informations à ses proches et son médecin. Objectif : lutter contre la non-observance des traitements médicamenteux de longue durée chez les personnes souffrant de maladies chroniques.

Le thermomètre à avaler
Voilà un thermomètre qui surveille la température comme du lait sur le feu ! La société BodyCap a développé le e-Celsius®, un dispositif à usage médical connecté pas plus grand qu’un comprimé de Dafalgan. Il sert notamment pendant les opérations et en postopératoire. Une fois ingérée, la capsule mesure la température centrale en continu et la communique par radio à intervalles réguliers à un petit moniteur. Dotée d’une mémoire interne, elle stocke les 2000 dernières données relevées, avant d’être évacuée par les voies naturelles au bout de trois jours. Son plastique est biocompatible et elle est suffisamment grosse pour être filtrée par les stations d’épuration sans polluer. « Les statistiques montrent qu’il y a des risques infectieux accrus dans les quatre jours après la chimiothérapie, liés à une baisse des défenses immunitaires », explique Sébastien Moussay, docteur en physiologie et cofondateur de BodyCap. « Aujourd’hui, en postopératoire ou après une chimio, c’est au patient de prendre sa température, avec tous les biais et l’inconfort que cela comporte. » Ce thermomètre à avaler, autorisé à la vente, permet ainsi de sécuriser le suivi. À terme, les données seront conservées (avec accord du malade) sur des serveurs sécurisés et une alerte sera automatiquement envoyée vers des plateformes médicales en cas de pic fiévreux.

La montre qui mesure le taux de glycémie
C’est une sacrée révolution qui s’annonce pour les plus de 3,7 millions de diabétiques en France, qui doivent se piquer le bout du doigt quatre à dix fois par jour pour vérifier leur taux de glucose. La start-up PKVitality a mis au point un bracelet connecté, équipé de capteurs capables de mesurer les principaux marqueurs physiologiques. « Au dos de la K’Watch, il y a un emplacement dans lequel on va insérer une K’apsul® à changer tous les trente jours, détaille Minh Lê, directeur général de PKvitality. Ce consommable comprend une petite grille de micro-aiguilles qui vont pénétrer le derme, prélever une quantité infime de lymphe et l’analyser à l’intérieur de la montre. Cela ne fait pas mal, car les nerfs de la douleur sont situés plus profondément sous la peau. » Il suffit de presser dix secondes sur la montre et le taux de glycémie s’affiche automatiquement. La montre évalue également le niveau d’activité physique du patient. « Toutes ces données sont collectées pour alimenter le carnet du diabétique dans une application smartphone dédiée, poursuit Minh Lê. Le patient renseigne également ses prises d’insuline et ses repas. Cela permet un suivi beaucoup plus précis. » La montre est actuellement en tests cliniques et devrait être autorisée en Europe en 2019. Ses inventeurs prévoient d’intégrer rapidement de l’intelligence artificielle. Au bout de quelques semaines d’usage et de relevés, le système sera capable d’analyser le comportement de l’utilisateur, l’évolution de son seuil glycémique, les variations selon son activité physique, etc. « D’ici quelques années, la montre pourra faire de la prédiction de glycémie et envoyer des ordres à la pompe à insuline, qui sont en train de se miniaturiser pour les diabètes de type 1, poursuit Minh Lê. Au lieu d’injecter des grosses doses trois ou quatre fois par jour, on passera des microdoses vingt fois par jour, comme le ferait un pancréas en bonne santé. »

Un implant pour enregistrer le rythme cardiaque
Une équipe du CHRU de Lille a récemment posé un moniteur nouvelle génération sur une dizaine de patients, qui relève automatiquement leur rythme cardiaque et envoie les données aux cardiologues via une application mobile. Depuis une dizaine d’années, on emploie couramment des hotlers afin de dépister les troubles du rythme cardiaque survenant de manières épisodiques : le médecin fixe des électrodes sur le torse du patient, reliées à un petit boîtier, pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures. « La nouveauté, c’est que le moniteur Confirm RX, du laboratoire américain RX, fait la taille d’un trombone et que l’on n’a plus besoin des électrodes, explique la Dr Christelle Marquie, cardiologue au CHRU de Lille. Et au lieu de procéder à des mesures pendant quelques jours, on va l’implanter chez le patient, juste au-dessus du téton gauche, pour obtenir des données sur deux ou trois ans. » Au moment de la pose, une application est installée sur le téléphone portable du patient, qui peut déclencher l’enregistrement de l’électrocardiogramme au moindre symptôme. « Le médecin peut aussi programmer le moniteur pour détecter des anomalies de fonctionnement selon des critères spécifiques pour chacun, poursuit la cardiologue. Si le cœur marque une pause de plus de trois secondes, par exemple, ou s’il dépasse les 160 battements par minute. » Pour l’heure, ce petit bijou de technologie coûte 3 000 euros, non remboursables par la Sécurité sociale !

Un e-medicament antidouleur
Il y a 16 millions de douloureux chroniques en France, 75 millions en Europe… Depuis plus de trois ans, la start-up française Lucine développe un dispositif médical thérapeutique destiné à ces millions d’invisibles. La fondatrice, Maryne Cotty-Eslous, elle-même concernée, a mis au point une application intelligente capable d’évaluer en quinze secondes le niveau de souffrance et de proposer un soin pour le soulager. « Attention, nous ne sommes pas un gadget ou une appli santé de plus, insiste l’entrepreneuse. Nous sommes soumis à des tests cliniques comme un médicament et l’application Lucine sera prescrite par un médecin traitant. » Demain, en cas de crise ou de douleur persistante, le patient pourra l’ouvrir sur son téléphone ou sa tablette, et répondre à un court questionnaire afin d’obtenir un diagnostic flash. Trois types de soins pourront alors lui être soumis sur son écran en fonction de son environnement, de son profil et de son niveau de douleur : une relaxation multisensorielle, un serious game personnalisé ou une séance d’hypnose en réalité augmentée. « Le cerveau ne sait pas avoir mal et être très concentré sur une activité en même temps, poursuit Maryne Cotty-Eslous. Ces soins vont permettre de détourner l’attention et déclencher un orgasme dans le cerveau, qui va lui-même enclencher la production de morphine naturelle. » Avec ce shoot fabriqué par notre organisme, les douleurs diminuent de 80 % pendant trois à six heures. De quoi repousser la prise d’une dose de codéine ou de morphine.

Une pompe connectée pour atténuer les symptômes de Parkinson
Deux sociétés d’Auvergne-Rhône-Alpes, Biocorp et Aguettant, ont lancé en septembre 2016 avec les Hospices civils de Lyon une expérimentation, baptisée Apokonnect, destinée à améliorer l’autonomie des malades atteints de Parkinson. Après une phase de la maladie dite « lune de miel », qui peut durer jusqu’à six ans, les patients alternent entre des phases « ON », où ils se portent bien, et des phases « OFF » où les symptômes de tremblements ou de somnolence apparaissent. Des injections d’apomorphine sont prescrites afin de gérer ces périodes de crises, que le malade s’administre à l’aide d’un stylo à injection. « Nos stylos sont connectés, c’est-à-dire que toutes les données (heure, quantité injectée, fréquence…) vont être collectées par une application et transmises au médecin », détaille Éric Dessertenne, directeur général délégué de Biocorp. L’expérimentation menée auprès de plusieurs dizaines de patients devrait se terminer en 2018 et le stylo être disponible en 2019. À plus long terme, les deux sociétés travaillent à la mise au point d’un bracelet connecté qui mesurera le mouvement en continu du patient. En fonction de ces résultats, le bracelet pourra envoyer des recommandations au malade ou même déclencher l’injection d’une dose d’apomorphine grâce à une micropompe implantée.

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