Le Vatican débordé par les dossiers de pédophilie! Depuis dix ans, la curie romaine voit arriver quasiment chaque jour un nouveau signalement… Il est inacceptable que l’église ne montre pas elle même une fermeté et exemplarité totale envers ces actes, car alors comment protéger les enfants des menaces qui pèsent sur eux..?

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Le Vatican débordé par les dossiers de pédophilie

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Vincent Mongaillard
03 avril 2016, 0h00 | MAJ : 03 avril 2016, 8h58
ILLUSTRATION. La lutte contre la pédophilie au sein de l’Eglise est l’un des points clés du programme du pape François. (Reuters/Tony Gentile.)

LE FAIT DU JOUR. Depuis dix ans, la curie romaine voit arriver quasiment chaque jour un nouveau signalement. Malgré ses efforts, le pape François affronte des résistances.

Le sort des prêtres du diocèse de Lyon actuellement soupçonnés d’agressions sexuelles ne se joue pas seulement devant la justice civile hexagonale. Il se décide également au Vatican selon le Code de droit canonique. En raison des scandales pédophiles au sein de l’Eglise qui ont touché de nombreux pays ces dernières années, à l’instar des Etats-Unis, de l’Irlande, de l’Australie et désormais de la France, la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) croule sous une montagne de dossiers. C’est ce ministère, à la curie romaine, qui est chargé d’examiner les cas après avoir été alerté par les évêques. « Cette congrégation, qui manque de personnel, est submergée. Face à cet afflux, je pense que François doit réfléchir à décentraliser davantage. La levée de l’omerta a créé un véritable tsunami d’affaires. Depuis le scandale de Boston au début des années 2000 qui a inspiré le film Spotlight, ça éclate de partout », observe un prêtre, juge dans un tribunal ecclésiastique d’un diocèse en France.

Pour de nombre de victimes, la répression vaticane n’est pas suffisante

Depuis quinze ans, la lutte antipédophilie s’est intensifiée au Vatican. « Jusqu’en 2001-2002, le droit canonique qui régissait les faits de pédophilie commis par un prêtre abandonnait à chaque évêque le soin de juger l’affaire par le tribunal ecclésiastique de son diocèse. Il se retrouvait alors dans une situation délicate, à la fois juge et partie, puisqu’il est le supérieur du prêtre », souligne Olivier Echappé, professeur de droit canonique à l’Université catholique de Paris et membre de la cellule de veille sur la pédophilie au sein de la Conférence des évêques de France. Depuis un « Motu proprio » (lettre apostolique émise par le pape de sa propre initiative) de Jean-Paul II en 2001, complété par son successeur Benoît XVI en 2010, tout évêque ayant connaissance de faits de pédophilie émanant d’un clerc doit, après un minimum d’enquête, les signaler à la CDF. Parallèlement, il doit prévenir les autorités judiciaires de son pays. Une fois alertée, la CDF, qui a le pouvoir d’« appréciation », décide si elle renvoie l’affaire à la justice ecclésiale du diocèse ou si elle la juge elle-même à Rome. Pour de nombreuses associations de victimes dans le monde entier, la répression vaticane n’est pas suffisante. « Il y a des membres influents au sein de la Curie qui freinent des quatre fers. Et pour cause : eux aussi ont des casseroles, ils ont couvert des prêtres et craignent d’être poursuivis », décrypte un juge ecclésiastique français.

Certaines voix s’élèvent ces dernières semaines pour dénoncer le choix du pape François de maintenir en poste son puissant ministre de l’Economie, le cardinal australien George Pell, pourtant accusé par des victimes de curés pédophiles de son pays d’avoir protégé ces agresseurs quand il était archevêque. D’autres s’étonnent de l’appui du Saint-Siège, via son porte-parole Federico Lombardi, à Mgr Barbarin. Il y a près de trois semaines, le collectif la Parole libérée, fédérant des « proies » du père Preynat qui a abusé de scouts il y a plus de vingt-cinq ans en banlieue lyonnaise, a adressé au pape une demande d’audience. N’ayant plus confiance en l’archevêque de Lyon, qui, selon lui, n’a pas alerté la justice, il avait décidé de s’en remettre au Saint Père. « On n’a aucune nouvelle, mais on espère toujours une réponse positive », confie Bertrand Virieux, membre de l’association.

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Le difficile chantier du pape François

La scène se passe dans l’avion qui le ramène du Mexique. En cette mi-février, le pape François termine un voyage historique, jalonné par les thèmes de la violence, de la pauvreté, des migrants. Mais aussi par celui de la pédophilie. Questionné par un journaliste sur les évêques couvrant des prêtres dont ils connaissent les agissements pédophiles, le souverain pontife est catégorique : « Un évêque qui se limite à changer de paroisse un prêtre pédophile est un inconscient. La meilleure chose qui lui reste à faire, c’est de présenter sa démission. » En pleine affaire Barbarin, les déclarations font mouche. A tel point que dès le lendemain, le Vatican précise : les propos du pape ne s’appliquaient « nullement » à la situation du cardinal Barbarin mais concernaient « uniquement » le cas d’un prêtre mexicain. Mais ces mots restent pour beaucoup un signal envoyé. « Cette phrase ne visait pas Barbarin, insiste Jean-François Colosimo, historien des religions. Mais elle est importante. Elle confirme que le pape a conscience du chantier qu’il doit continuer à entreprendre sur la pédophilie. »

Pour lui, le pape n’a pas « d’œillères » sur le sujet. « La question a été mise sur la table par le cardinal Ratzinger devenu Benoît XVI qui a instauré la tolérance zéro. François marche dans ce sens », note-t-il. C’est lui qui a qualifié d’« infamie » la pédophilie, qui a mis en place la commission antipédophilie du Vatican et qui a accepté la démission de nombreux prêtres visés par des scandales sexuels. Mais les coups de pioche vont devoir s’accélérer si le pape veut que son « chantier » ne prenne pas un retard désastreux pour l’image de l’Eglise. « Il y a deux choses à faire, reprend Jean-François Colosimo. Il doit purger complètement la situation des prêtres pédophiles, les sanctionner et les remettre à la justice civile. Et il doit travailler sur le recrutement, établir les conditions psychologiques de recevabilité des prêtres et créer un soutien mutuel dans la communauté. » Pour l’historien l’Eglise est en marche, mais, rappelle-t-il, « on ne gère pas un évêché comme une entreprise. Il ne suffit pas de mettre des hommes à la porte. »
Florence Méréo

3 420 cas en dix ans
Le Vatican communique rarement sur le nombre de prêtres révoqués par ses propres instances. La dernière fois que le Saint-Siège l’a fait, c’était le 6 mai 2014. Ce jour-là, à Genève, à la demande de l’Organisation des Nations unies qui organisait une réunion à propos du traité « contre la torture », l’évêque Silvano Tomasi, ambassadeur du Vatican auprès de l’ONU, rendait publics les chiffres des poursuites contre les prêtres, au motif que la pédophilie s’apparente à la torture. Le bilan dévoilé alors montre l’étendue du problème. Il annonce que 3 420 cas d’« accusations crédibles » contre des prêtres ont été examinés par les tribunaux de Vatican au cours de la dernière décennie (2004-2014), soit quasiment un par jour. Sur cet ensemble, 848 prêtres ont été révoqués, c’est-à-dire chassés de l’Eglise et « réduits à l’état laïc ». Les 2 572 autres prêtres n’ont pas été chassés de l’Eglise mais déplacés (d’une paroisse à l’autre, ou vers un monastère où ils n’étaient plus en contact avec les enfants), condamnés à « vivre une vie de prière et de repentance ». Depuis, aucun autre bilan n’a été donné par Rome. On estime que plusieurs centaines de dossiers sont examinés au Vatican en ce moment.
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