Risques de guerre, Les Etats-Unis se désengagent du traité FNI et s’apprêtent à installer en Europe des armes nucléaires de portée intermédiaire et des bombes nucléaires à puissance variable. Pourquoi ? Quelle est donc l’arrière pensée ? Igor Korotchenko dit que l’Otan envisage « un scénario de guerre nucléaire limitée en Europe ». Une bonne affaire pour les Etats-Unis, vous ne trouvez pas ?

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Risques de guerre

Publié par Antonin Campana sur 21 Octobre 2018, 17:27pm

Catégories : #International#Le coin des clowns

Risques de guerre

Nos médias nous informent aujourd’hui que les Etats-Unis se retirent du traité FNI sur les armes nucléaires de portée intermédiaire. On se souvient que ce traité, signé en 1987 par Reagan et Gorbatchev, mettait fin à la crise des euromissiles.

Cette crise avait commencé en 1977, lorsque les soviétiques ont remplacé leurs missiles SS 4 et SS 5 peu précis et adaptés à la destruction de centres urbains, par des missiles SS 20 beaucoup plus précis et conçus pour frapper des cibles militaires en épargnant les villes. Ce progrès technologique devait permettre, dans l’esprit des Soviétiques,  de découpler la sécurité des pays européens de celle des Etats-Unis : si seules des cibles militaires devaient être frappées en Europe, les Etats-Unis hésiteraient à employer l’arme nucléaire pour détruire des villes soviétiques, d’autant que la réciproque serait immédiate. Pour contrer cette menace, les Etats-uniens ont installé en Allemagne des Pershing II, équivalents des SS 20. Le traité signé en 1987 oblige les deux puissances à détruire leurs missiles de portée intermédiaire (portée de 500 à 5500 km).

Donald Trump vient donc d’annoncer que ce traité était caduc. La décision est gravissime, notamment pour les Européens, mais elle était prévisible. En 2014, le président Obama a accusé, sans aucune preuve, la Russie de développer un missile nucléaire de portée intermédiaire. Se fondant sur ce prétexte, les Etats-Unis ont aussitôt relancé le projet de déployer en Europe des missiles nucléaires à portée intermédiaire (ce projet d’Obama a été validé par Trump).  D’autre part, les Etats-Unis ont mis au point un nouveau type de bombe nucléaire (dite B61-12). Cette bombe, dont la puissance peut être sélectionnée (quatre options de puissance), peut détruire aussi bien les bunkers profondément enterrés des centres de commandement,  que des villes entières (quatre fois la puissance de la bombe d’Hiroshima) ou des zones militaires restreintes. Les Etats-Unis prévoient de stocker ces bombes nucléaires en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Hollande…

De leur côté, depuis plusieurs années les Russes accusent les Etats-Unis de ne pas respecter le traité FNI. Les rampes américaines de missiles intercepteurs implantées aux frontières de la Russie peuvent en effet être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire.

Quoi qu’il en soit, les Russes semblent désormais envisager sérieusement une guerre nucléaire. Ils apparaissent comme extrêmement pessimistes. Igor Korotchenko, rédacteur en chef du magazine russeDéfense nationale, affirme pour Sputnik : « L’essai de cette version de la bombe nucléaire [ B61-12] prouve que les États-Unis poursuivent le programme de modernisation accélérée de leur arsenal nucléaire tactique en Europe et que Washington, tout comme Bruxelles, examinent l’éventualité d’un scénario de guerre nucléaire limitée en Europe (…) Au cours de manœuvres, notamment en mer Baltique, les armées de l’air des pays de l’Otan se sont déjà entraînées à plusieurs reprises à porter des frappes nucléaires tactiques contre des cibles situées dans le nord-ouest de notre pays ».  Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, rappelle pour sa part qu’au cours des 10 dernières années, les effectifs de l’Otan aux frontières occidentales de la Russie ont été multipliés par huit !

En juin 2016, devant des journalistes internationaux, Vladimir Poutine a fait cette déclaration saisissante : «C’est à vous qu’ils racontent ces balivernes [sur l’Iran, la Russie…] et vous les répercutez auprès de vos populations. Et ce qui me préoccupe tant est qu’elles ne peuvent plus alors sentir l’imminence du danger. Comment pouvez-vous ne pas comprendre que le monde est en train d’être poussé dans une direction irréversible, alors qu’ils [les USA] prétendent que rien ne se passe. Je ne sais plus quoi faire pour vous réveiller ». Et, plus pessimiste encore, le 18 octobre dernier, au Forum de Valdaï, Poutine a déclaré  : « L’agresseur doit être conscient qu’il sera détruit dans tous les cas (…)Nous, comme les victimes de l’agression, nous irons au Paradis comme les martyrs, alors qu’eux, ils crèveront sans suite, car ils n’auront même pas le temps de se repentir» !  

Les Etats-Unis se désengagent du traité FNI et s’apprêtent à installer en Europe des armes nucléaires de portée intermédiaire et des bombes nucléaires à puissance variable. Pourquoi ? Quelle est donc l’arrière pensée ?

La logique de tout ceci me semble assez simple. Souvenons-nous, les Soviétiques avaient dans les années 1970 installé un type d’armes  similaire avec l’espoir que la guerre, si guerre il y avait, serait limitée à l’Europe et que leurs villes seraient ainsi préservées d’une frappe américaine. Le calcul n’était pas idiot : les Etats-Unis auraient-ils sacrifié New-York, Chicago et Washington pour venger Paris ou Berlin ? Nous nous trouvons aujourd’hui dans la configuration exactement inverse. Les Russes n’ont plus aucun intérêt à posséder des armes nucléaires de portée intermédiaire. Ils ont fait l’expérience et ils ont vu que ça ne marche pas. Pour les Etats-uniens les choses sont très différentes. Les docteurs Folamour de l’Administration américaine pourraient avoir imaginé le scénario suivant :

  • Les USA utilisent leurs armes nucléaires de portée intermédiaire à partir de la Pologne, de l’Italie, de l’Allemagne et de la Belgique. Ils détruisent les centres russes de commandement ainsi que des infrastructures vitales. Les dégâts humains sont importants mais pas irréversibles. Les villes ont été épargnées.
  • Les Russes savent que s’ils atomisent les Etats-Unis, ils seront détruits en retour. Leur réplique n’atteindra donc que les seuls pays européens, notamment ceux à partir desquels ont été lancés les missiles.
  • La Russie sauve la face mais elle est vaincue. Un régime pro-occidental est installé. L’Europe est dans la même situation. Elle n’est plus un concurrent économique. Un nouveau plan Marshall se met en place.
  • Les Etats-Unis sont indemnes et redeviennent la seule puissance mondiale.

 

Igor Korotchenko dit que l’Otan envisage « un scénario de guerre nucléaire limitée en Europe ». Une bonne affaire pour les Etats-Unis, vous ne trouvez pas ?

Antonin Campana

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