Les immenses piscines où refroidissent les combustibles irradiés des centrales nucléaires françaises, s’approchent d’une dangereuse saturation, alerte Greenpeace!

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Les piscines de combustibles nucléaires menacées de saturation ?

Les piscines de combustibles nucléaires menacées de saturation ?
Une piscine de stockage de la Hague (dans la Manche). illustration. (WITT/SIPA)

Les immenses piscines où refroidissent les combustibles irradiés des centrales nucléaires françaises, s’approchent d’une dangereuse saturation, alerte Greenpeace.

Par L’Obs

« On est au bord de l’occlusion intestinale », s’alarme Greenpeace ce mardi 27 novembre. Les immenses piscines de la Hague, dans la Manche, où refroidissent les combustibles irradiés dans les centrales nucléaires françaises, s’approchent d’une saturation qui peut bloquer progressivement tous les réacteurs français, avertit l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dans un rapport.

« Avec 5 à 7% maximum d’espace disponible, on est au bord de l’occlusion intestinale » dans les piscines Orano de la Hague, prévient le chargé des questions nucléaires de Greenpeace France, Yannick Rousselet. Dans ces bassins, environ 10.000 tonnes de combustibles irradiés pour fabriquer de l’électricité, refroidissent avant, pour la plupart, d’être retraités sur place.

Si ces installations, qui vieillissent, « s’arrêtent pour un problème technique, on est à six mois de la saturation », poursuit Yannick Rousselet, soulignant la multiplication des aléas.

« En cas d’arrêt brutal de la Hague et si vraiment aucune des deux usines ne redémarre, en un à deux ans les piscines sont remplies », nuance de son côté le directeur général adjoint de l’IRSN, Thierry Charles, interrogé par l’AFP. Mais dès lors, « en très peu d’années », l’ensemble des réacteurs français progressivement s’arrête, faute d’endroit pour évacuer les combustibles usés.

Une « saturation progressive »

La situation est « globalement très tendue » dans les piscines de la Hague et celles des centrales où les combustibles sont d’abord plongés avant d’être envoyés dans les piscines d’Orano, résume l’IRSN, qui est le bras technique de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dans un rapport rendu public en octobre.

Le pourcentage d’espace disponible dans les piscines y est biffé. Selon un projet du rapport dont l’AFP a eu une copie, ce taux était de 7,4% le 1er janvier 2016, loin des 30% affichés aujourd’hui par Orano. Selon des sources concordantes, l’entreprise compte libres des espaces occupés par des rebuts qu’elle prévoit de vider.

Quoiqu’il en soit, une « saturation progressive » menace les piscines : la quantité de combustibles augmente d’une « petite centaine de tonnes » par an car EDF envoie plus de combustibles à la Hague qu’Orano n’en retraite, précise Thierry Charles.

Les piscines de la Hague seront ainsi pleines au plus tard « peu après 2030 », selon l’IRSN. Et EDF « travaille actuellement sur la conception d’une piscine » supplémentaire, de 5.000 tonnes, et qui devrait être opérationnelle « autour de 2030 », selon l’entreprise. D’après Greenpeace, ce bassin serait envisagé à Belleville-sur-Loire, dans le Cher.

Mais que prévoit l’industriel en cas de « retard », l’a interrogé l’ASN dans un avis le 18 octobre.

Vers un « entreposage à sec » ?

D’autant que le projet d’EDF « ne permet pas d’intégrer de marge pour faire face à d’éventuels aléas » alors que le « vieillissement » des usines « pourrait remettre en cause […] la pérennité des installations », selon l’IRSN.

De la corrosion plus rapide que prévue d’évaporateurs de 8 mètres de haut, rendue publique en 2016, au remplacement annoncé mi-novembre d’une pièce trop usée de 3,6 tonnes, en passant par une grève d’un mois et demi : la Hague est déjà soumise à des aléas. Orano a retraité, et donc sorti des piscines, moins de combustibles que prévu en 2017 et 2018.

Au-delà, le risque de saturation des piscines complique la réduction de 50 à 75% de la part du nucléaire dans la production d’électricité française. Car, pour l’heure, seuls des réacteurs anciens, susceptibles d’être arrêtés, fonctionnent avec du MOX, ce combustible fabriqué par Orano à partir du plutonium extrait des combustibles usés. Or, si on ferme des réacteurs « moxés », Orano extrait moins de combustibles de ses piscines pour fabriquer le MOX qui les alimente, explique l’IRSN.

« Préoccupée » par la question, la députée LREM Barbara Pompili, interrogée par l’AFP, demande que soit examinée la piste d’un « entreposage à sec » des combustibles usés, répandu dans les pays étrangers, qui ne pratiquent pas le retraitement, exception française.

L’IRSN estime, en effet, à environ cinq ans seulement le délai de mise en place de ce dispositif. Mais EDF indique ne « pas [avoir] opté pour cette solution » pour des raisons de « sûreté ». Près de 5.000 personnes travaillent à la Hague, site qui concentre le plus de radioactivité en Europe.

(Avec AFP)

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